La voie de la justice

Film – La voie de la justice

Bryan Stevenson

Aux premiers abords, ce nom peut vous paraître anodin, sans réelle signification.. 

Pourtant, cet homme est un personnage emblématique de l’histoire de la communauté afro-américaine. 

 

La Voie de la justice retrace justement le parcours de cet homme devenu malgré lui le symbole de la lutte contre les injustices et discriminations vécues par les Noirs.

Interprété par un sensationnel Michael B. Jordan, ce long métrage nous offre un bon dans une part de l’histoire controversée des Etats-unis.

Diplômé en droit de la prestigieuse Université d’Harvard, Bryan Stevenson est promis à une brillante carrière d’avocat. Néanmoins, il décide de s’établir dans l’État ségrégationniste de l’Alabama réputé très attentatoires vis à vis des droits civiques des Noirs.

Aidé par une militante locale (Eva Ansley), il s’attachera à défendre la cause de détenus afro-américains comme Herbert Richardson ou Anthony Ray Hinton.

Il aura notamment la lourde de charge de défendre Walter McMillian dit « Jimmy D.” condamné à mort en 1987 pour le meurtre très médiatisé d’une jeune femme blanche.

Après avoir repris le dossier et trouver les failles de son instruction. Sous fond de considérations raciales, Bryan s’apercevra très rapidement que le système lui-même est contre lui.

 

Notre avis sur la voie de la justice !

Envisageons en premier lieu l’analyse de l’époque et de l’atmosphère.

Durant tout l’ensemble de l’intrigue, la tension raciale est palpable ! Le spectateur ressent bien le contexte très particulier de l’époque en cause.

Nous sommes effectivement dans une Amérique post Martin Luther King.

Une Amérique où, en dépit des combats menés par des leaders comme Rosa Parks, les droits des afro-américains  ne demeurent que par parcimonie.

Au cours du long-métrage, l’on adhère volontiers à cette ambiance post droits civiques.

L’on ressent constamment la défiance, la peur et surtout le mépris qu’inspire le Noir.

Cela passe par des remarques alambiqués, des gestes déplacés et surtout la non reconnaissance du statut de l’homme de couleur dans la société, quand bien même il occuperait un poste confortable.

La scène de la fouille dans un centre pénitentiaire illustre d’ailleurs cet atmosphère lugubre.

Si d’ordinaire les avocats ne sont pas soumis aux fouilles lors des visites en milieu carcéral, Stevenson lui a bien échappé à la règle. Le motif ? Sa couleur de peau.

Par ailleurs, l’on se retrouve également plonger dans les douleurs et les turpitudes de la communauté noire.

L’on constate en effet une Alabama encore très fidèle à son passé ségrégationniste où certaines personnes affichent de manière très décomplexée la haine à l’égard des personnes de couleurs.

Ceci part du petit paysans jusqu’aux juges de la Cour suprême de l’Alabama, ceci en passant bien sûr par les forces de police locale.

C’est encore une Alabama où tout s’oppose : les Noirs et les Blancs, les riches et les pauvres, la justice pour les uns, l’injustice pour les autres.

Enfin, en filigrane, la voie de la justice nous propose une réflexion sur le concept de la peine de mort mais également sur ses méthodes.

On aperçoit effectivement dans quelles conditions les détenus américains vivaient cette longue attente dans le couloir de la mort.

La détresse, l’espoir mais également la douleur étaient les maîtres-mots.

En somme, l’on peut y voir les failles de certaines méthodes de mise à mort et notamment celle de la chaise électrique.

En effet, les réalisateurs ont mis l’accent sur les douleurs physiques et psychologiques (odeur de chair brûlée entres autres) vécues par les autres détenus.

Il n’est pas inutile de rappeler que la chaise électrique fut employée comme principale méthode d’exécution jusqu’en 2002 dans l’Etat américain de l’Alabama.

Autant dire qu’au XXIème siècle, certains hommes (et femmes) mourraient encore dans des conditions inhumaines et indignes.

Est-elle abolie pour autant ? Certainement pas. Encore de nos jours, en 2020, un détenu condamné à mort peut choisir son mode d’exécution si les produits nécessaires à l’injection létale (principale méthode depuis 2002) font défaut.

Le détenu pourra alors choisir entre l’asphyxie par hydrogène ou la chaise électrique. Un choix cornélien.

 

Conclusion

En définitive, cette oeuvre cinématographique nous aspire dans une époque où il y a encore peu, certains étaient sous le joug de d’autres.

Une époque où les Noirs étaient encore assimilés à des sous êtres démunis de droits civiques et en marge de la société.

Une époque où la peine de mort s’appliquait volontiers sans contrôle, sans limite et surtout sans remise en question.

A l’issue de ce film, la voie de la justice, l’on ne peut que s’autoriser un triste parallèle avec les faits de notre époque.

Aujourd’hui, des Afros-américains meurent encore gratuitement sous les balles des forces de l’ordre américaines. Sont encore trop souvent victimes d’erreurs judiciaires. Sont encore défavorisés dans l’accès aux soins, aux emplois et à l’enseignement supérieur.

Les actions de Bryan Stevenson ont permis de rééquilibrer les choses, de permettre à des milliers d’afro-américains de croire encore en une justice équitable.

Aujourd’hui, il agit principalement par le biais de l’Equal Justice Initiative, une organisation qui fournit une représentation juridique aux prisonniers susceptibles d’avoir été condamnés à tort pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.

 

 

 

 

Naledi Sô ★★

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