Americanah

LECTURE – CHIMAMANDA NGOZI ADICHIE (Americanah)

Inspirée de son expérience entre le Nigéria et les Etats-Unis, l’auteure de L’Autre Moitié du soleil(Half of a Yellow sun) Chimamanda Ngozi Adichie nous propose une nouvelle oeuvre que je souhaite partager avec vous !

 

Avec pour titre Americanah, l’écrivaine met en exergue une fiction traitant principalement de la place occupée par les membres de la communauté Noire dans la société américaine. Paru en traduction française en 2014 (Gallimard), Americanah est un récit de plus de 500 pages mêlant fiction et autobiographie.

    Partir pour l’inconnu

Á l’heure l’immigration est devenue l’un des principaux sujets occupant les gouvernements et l’opinion publique, il convient également d’évoquer son penchant inverse à savoir l’émigration. Bien que les deux notions renvoient au final à la même réalité, l’approche n’est pas la même selon le point de vue auquel l’on décide d’adhérer. L’émigration étant vécue difficilement par l’individu contraint de quitter toutes ses attaches pour des jours meilleurs.

Americanah met donc l’accent sur l’émigration, précisément celle des Africains (nigérians) s’installant aux Etats-Unis, relatant par la même les situations difficiles qu’ils peuvent rencontrer.

Arborant une plume engagée dont elle est désormais coutumière, Adichie nous invite à porter un regard critique sur les difficultés et obstacles que l’on rencontrent dans un pays inconnu. Pays où nous ne sommes pas très bien vus et pas très avantagés. Dès lors, la solidarité n’est parfois pas le maître-mot entre Afro-Américains et Africains émigrés, laissant plutôt place à l’abnégation. En filigrane, l’auteur nous révèle une intrigue inspirée de son propre vécu, elle qui fut très tôt confrontée à ce choc social en émigrant aux Etats-Unis.

    L’intrigue

Le cadre spatio-temporel de l’intrigue englobe concomitamment les États-Unis, le Nigeria et l’Angleterre. Le récit raconte alors l’histoire d’Ifemelu, une expatriée nigériane, qui rêvait d’aller vivre et étudier aux États-Unis, et en parallèle, l’histoire d’amour avec Obinzé. L’oeuvre est aboutie et arbore la particularité de constamment procéder à des flash-back (allers-retours) dans le temps en évoquant des événements, plus ou moins, impactants, axés sur la question de l’identité et l’acceptation de soi.

Pour citer un exemple, ce n’est qu’à son arrivée sur le sol américain qu’Ifemelu pris conscience qu’elle était noire. En effet, s’identifier à sa couleur de peau était quelque chose qu’elle n’avait pas vécu au Nigeria. Elle nous fait comprendre qu’aux États-Unis cela est quelque chose de tout à fait normale.

Le choix final d’Ifemelu fut de retourner au Nigeria, après quinze ans de vie sur le continent américain et après s’être construite une petite vie bien rangée. D’une part, on se dit qu’elle en a peut-être assez de cette vie où elle est constamment catégorisée par sa couleur de peau et d’autre part, on se dit qu’il est temps qu’elle retrouve Obinzé et qu’ils puissent enfin vivre leur amour. J’ai apprécié de suivre le cours de leur histoire et parcours de chacun parallèlement, Ifemelu aux États-Unis et Obinzé en Angleterre, qui plus est, est similaire à celui des immigrés dont l’humiliation est le mot majeur de son aventure anglophone.

    De la fiction à la réalité

Le récit de fiction renvoie beaucoup à la réalité, quant à la place qu’occupent les étrangers dans le monde. Ils sont énormément vu comme une menace, des personnes pouvant impacter le développement d’un pays. Et c’est ce qui entraînent, malheureusement, les faits se passant en Libye, par exemple.

Les divergences sociales entre le monde occidental et l’Afrique tiennent surtout à l’accueil, car cela exhorte à développer une profonde réflexion sur notre identité. Á bien des égards, sommes-nous une simple couleur de peau ?

Une fois, le cap de l’accueil franchi, vient ensuite le seuil de l’adaptation. Celle-ci demeure tout aussi compliquée face au nombre accru d’immigrés, en atteste les travaux de l’INSEE comptabilisant près de 5,7 millions d’immigrés en France, soit 8,9% de la population. Compte tenu de ces faits, de nombreuses associations et collectifs venant en aide à ces personnes ont vu le jour. La diaspora africaine est également présente, soutenant ces personnes en organisant parfois des maraudes.

Pour revenir à Americanah, dans l’ensemble, les personnages sont touchants, chacun à sa petite histoire et ses rêves. Le plaisir est surtout de lire et de suivre l’aventure d’une femme noire de caractère, intelligente et ambitieuse qui passe par beaucoup d’étapes jusqu’à la pauvreté avant de devenir une blogueuse célèbre.

La lecture du livre est facile, on arrive à comprendre l’histoire, à la suivre avec les nombreux flash-back. On passe par de nombreux sentiments tel que la joie, la colère, l’incompréhension voir même la frustration.

Á noter qu’Americanah est un surnom ironique que les Nigérians destinent aux expatriés un peu trop américanisés que la norme.

Seul point manquant, selon moi, est de ne pas connaître la suite de l’histoire d’amour entre Obinzé et Ifemelu bien qu’ils se soient retrouvés après tant d’années passé loin l’un de l’autre. Toutefois, le roman sera adapté en mini-série très prochainement. On y retrouvera Lupita Nyong’o et Danai Guira, très connu notamment pour leur rôle dans le film Black Panther.

 

 

Americanah, de Chimamanda Ngozi Adichie. Éditions Gallimard 2014 pour la traduction française, 526 pages, 24,50 euros.

 

Naledi Sô ★★

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